Battlestar Galactica est un remake d’une vieille série de science fiction de 1978. Le scénario un peu téléphoné surfait sur la vague post-star wars de l’époque pour nous proposer l’histoire d’un groupe d’humains qui organisaient un convoi pour tenter d’échapper à un peuple de robots désireux de les anéantir.

Alors maintenant, autant entrer franchement dans le vif du sujet en disant que si la série de 1978 était une bonne petite série pour enfants et pré-ado, son remake contemporain n’a rien à voir. Autant le dire franchement, Battlestar Galactica est la meilleure série télévisée du monde.

La nouvelle série est créée par Ronald D. Moore. Elle a commencé à être produite en 2004 pour être diffusée sur SCIFI Channel. Après une première mini-saison de 4 épisodes et deux saisons normales, la nouvelle troisième saison vient de commencer après avoir été précédée d’un ensemble de mini-épisodes uniquement disponibles sur Internet.

Vous pouvez voir le site officiel de la série ici :

battlestar galactica sur SCIFI Channel

Mais de quoi parle donc Battlestar Galactica ? Comment réussir transformer un nanard suranné en un monument de science fiction ?

Peut être en parlant du néant d’une vie privée de sens. De la difficulté à structurer une communauté sociale sans lui désigner des boucs émissaires. Du terrorisme. De la démocratie. De la corruption. Des zones de passage entre ces notions.

En fait, Battlestar Galactica, c’est un peu Star Trek rencontre the West Wing.

Le principe est classique mais toujours efficace : prendre une série de personnages, les placer dans une situation radicale, observer…

Ici, toute une partie de l’humanité a émigré à travers la galaxie vers un groupe de 12 planètes. Avec le temps, ces colons ont perdu le contact avec la Terre et ont commencé à créer des machines pour les assister, les Cylons. Ces machines finissent par se rebeller. Elles sont vaincues par les humains qui les exilent hors de leur espace vital tout en maintenant un contact diplomatique et épistolaire.

 

 

Mais une trentaine d’années après la fin de cette guerre, les Cylons ont évolué. Ils sont désormais capables de ressembler à des humains traits pour traits. Profitant des faiblesses du concepteur des défenses humaines, ils relancent la guerre en frappant un grand coup unique au cours duquel ils tuent la quasi-totalité des humains vivant sur les 12 planètes ainsi que leurs navires.

Ne restent alors qu’un des 12 vaisseaux amiraux, le Battlestar Galactica, une centaine d’autres navires civils et 50 000 survivants. Parmi eux, de nombreux militaires, une représentante de l’ancien gouvernement humain obligée de reprendre la présidence, des opposants plus ou moins opposés au processus démocratique… et des cylons infiltrés parmi les survivants. Traqué par l’ennemi, le convoi se regroupe et décide de partir à la recherche de la Terre.

Partant de cette trame initiale, Ronald D. Moore déroule les fils en essayant d’être le plus logique et le plus analytique possible. Puisque les Cylons peuvent prendre l’apparence des humains, comment réagir si votre meilleur ami était peut-être un fou capable de commettre un génocide ? Puisque les humains viennent de vivre une catastrophe dans laquelle a disparue la plus grande partie de l’humanité, comment trouver un sens nouveau ? Est-il absolument nécessaire de développer une eschatologie de la Terre promise pour réussir à regrouper un peuple accablé par la défaite ?

Les choses se jouent finalement assez peu à un niveau personnel. Il est admis que les Cylons peuvent séduire les humains ou se jouer de leurs sentiments. Mais toute responsabilité est présentée comme systémique puisque les Cylons ont été créés par les humains qui ne devraient donc s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Mais c’est sur le plan politique que la série prend toute son ampleur. Le caractère extrême de la situation est l’occasion de mettre les règles de la démocratie à l’épreuve. Les militaires sont bien sur réticents à l’idée de laisser des civils leur imposer des règles qui ralentissent leurs prises de décision. De toute façon, les civils eux-mêmes finissent par se diviser. Certains cherchent à profiter des événements tandis que d’autres préfèrent rester fidèles à leurs valeurs.

Cette attention au champ du politique trouve bien sur son origine dans les récentes guerres de l’armée américaine sur des théâtres d’opération étranger, mais son caractère analytique lui donne une autre dimension.

En effet, la plupart des séries américaines fonctionnent en créant des tensions entre des valeurs familiales, ou en jouant sur refoulement sexuel du héros. C’est Jack Bauer dans 24 heures chrono où la tension scénaristique revient surtout à choisir entre sa famille et son devoir. C’est aussi Prison Break où il les normes qui oppriment le héros sont représentées par le tatouage de la prison sur son corps. Autant de thèmes qui servent généralement le plus souvent à masquer les enjeux les plus lourds du débat. Est-il par exemple légitime de fonder une société sur la base d’une eschatologie ?

 

Mais Battle Star Galactica est aujourd’hui l’une des premières séries à ne pas mettre ces interrogations de coté. Les enjeux y sont abordés en termes stratégiques autant que tactiques. Quelles décisions prendre dans une situation de crise de ce type ? Laisser le contrôle aux militaires ou réorganiser un gouvernement civil ? Y compris quand la démocratie conduit à la manipulation et à la démagogie ? Vaut-il mieux prendre position sur un enjeu concret ou sur des valeurs susceptibles de réunir les corps sociaux ?

Politique de science fiction, ou fiction de science politique, à chacun de juger. Mais pour une fois qu’une série télévisée de science fiction réussit à être intelligente et à se maintenir à l’antenne, inutile de bouder notre plaisir.